Le 9 décembre 2025, une journée de mobilisation était organisée à la région Ile de France, avec différents acteurs et actrices, professionnels, associatifs, institutionnels, politiques… et une influenceuse.
Cette journée de mobilisation a été l’occasion de discuter de mesures pour améliorer la sécurité des femmes dans les transports. Ma collègue Annie Lahmer a regretté l’absence d’usagères du quotidien venant des quartiers populaires ou isolés.
Quelques chiffres intéressants :
35% des agressées sont mineures. La moitié des agressions dans les transports sont en IDF.
Il y a eu 1200 infractions sexuelles avec un taux de plainte faible. Il s’agit d’exhibitionnistes, de frotteurs (60% des délinquants), et des prédateurs sexuels. Il y a eu 346 interpellés en GAV, 214 sont passés devant un magistrat et 47 écroués.
Selon une enquête IPSOS, 83% des franciliens savent qu’un n° d’alerte existe, 9% l’ont déjà utilisé.
Ah et contrairement à ce que raconte le RN, il n’y a pas de profil type de l’agresseur.
La fausse bonne idée des rames réservées aux femmes
Cela a permis de parler de la proposition de réserver des wagons aux femmes. Nous ne sommes pas hostiles par principe à la non mixité choisie : elle peut être protectrice, émancipatrice et elle est même déjà pratiquée pour les trains couchettes !
Mais pour les transports en commun, ce n’est pas une bonne idée. D’abord cela pose un problème général de ségrégation de l’espace public et des espaces communs. Autre problème de principe : que se passera-t-il pour celles qui demain ne seraient pas dans ces wagons ? est-ce que leur parole sera écoutée ?
Et puis c’est surtout inefficace et ça ne correspond pas au besoin. En effet, les femmes sont à plus de 53% utilisatrices des transports, 2 wagons ne suffiraient pas. Et puis les trains ont évolué et sont maintenant en format boa, sans séparation. Et puis cela ne règle pas le problème des couloirs de métro et des quais de gare. Enfin, l’expérience de Tokyo montre que ces wagons ne sont pas plus respectés que les femmes elles-mêmes, notamment en heure de pointe, alors que les frotteurs profitent justement de ces heures là.
Des mesures plutôt consensuelles
- Présence humaine : + 100 personnes pour la brigade des transports, augmentation de 60% des réservistes de la gendarmerie nationale. 10 000 journées.
- Meilleure communication sur le 3117 et les bornes d’appel.
- Une appli pour trouver une co-voyageuse.
- Retours vidéos sur les quais
- Mise en place de safe place à proximité des gares et du réseau
- Marches exploratoires
- Formation large (e-learning) aux 5D
- Meilleure conception des espaces et des rames (lumière, mobilier…)
L’erreur de la vidéosurveillance algorithmique
La droite régionale a profité de cette journée pour faire un gros lobbying pour installer des caméras algorithmiques, c’est-à-dire ajouter de l’intelligence artificielle dans l’analyse des images relevées par les caméras de vidéosurveillance. Il s’agit d’automatiser les recherches d’images pour les enquêtes et d’envoyer une alerte en temps réel sur une situation “anormale ou dangereuse” à des opérateurs ou forces de sécurité pour intervenir. Hélas la démonstration faite en séance n’est pas très convaincante : les comportements ne sont pas très “visibles”.
Ceci avait été expérimenté pour les JO, mais pour d’autres types de problèmes (objets, intrusions, foules). Le bilan est un peu ridicule puisque il n’y a eu en tout que 7 interventions IA, cela s’explique car il y avait beaucoup de présence humaine !
Et puis j’ai aussi expliqué que l’IA avait des biais notamment racistes en plus des problèmes de liberté, puisque une fois qu’on autorise l’IA, on peut aller vers la reconnaissance faciale et autre contrôle et surveillance généralisée des citoyens, digne des meilleurs épisodes de Black Mirror.
Plus d’humains, moins de machines
Au contraire du techno-solutionisme, nous défendons plus de présence humaine, et pas seulement de la police. Cela veut dire pas de fermeture des gares le soir, de vrais guichets dans les stations et des contrôles des billets dans les rames.
C’est aussi un meilleur accompagnement des victimes et la formation des agents.
Enfin et toujours la formation, l’éducation restent clé contre les violences sexistes et sexuelles.