Souvent on me demande comment c’est concrètement la vie d’élue. Donc je vais vous raconter ma vie et les équilibres entre vie politique, vie pro et vie perso (un peu).
En 2001, j’avais 28 ans et j’ai été élue au Conseil de Paris et adjointe au maire du 10e. J’étais ingénieure qualité, salariée d’une grosse boite à temps plein. Une fois élue, je suis passée à mi-temps. J’ai négocié ça avec mon chef (à l’époque aucun droit particulier pour les élu.e.s dans le secteur privé). Ça a été un choc car je suis passée responsable de mon service en même temps, mais ça m’a forcé à déléguer un maximum. Concrètement j’avais organisé ma semaine comme ceci : lundi, mardi et mercredi matin : élue (les conseils de Paris ayant souvent lieu les lundi mardi) / mercredi après midi, jeudi et vendredi : travail. Et les soirées et samedi : beaucoup de réunions d’élue et militantes + mariages 1 samedi sur 5. Au travail, les gens étaient prévenus que je n’étais pas là en début de semaine, mais ça pouvait être souple en cas de besoin.
Puis en 2004, j’ai eu un bébé. Impossible de garder mon travail et j’ai pris un congé parental. Et pour préserver l’heure du soir (bain, diner, dodo), je m’étais astreinte à une seule réunion par semaine. Après le bébé peut venir aux réunions ou au conseil d’arrondissement ou de Paris !
Côté rémunération, les indemnités de conseiller de Paris permettent de vivre à Paris. En tant qu’élu d’arrondissement, c’est insuffisant, donc il faut en général avoir des revenus à côté.
Difficile de généraliser le temps que cela prend, par exemple, enceinte jusqu’aux yeux, j’étais plus présente que Edouard Balladur, lui aussi élu au Conseil de Paris à l’époque. Clairement cela dépend de l’investissement qu’on y met. Et être dans la majorité, c’est du temps et des responsabilités, là où l’investissement est très différent quand on est élu d’opposition (les gens et associations sollicitent beaucoup moins)
En 2008, la fin de mon mandat correspondait à la fin du congé parental, j’ai donc pu reprendre mon boulot après, moyennant quelques adaptations et une période de transition. La question se pose néanmoins de la valorisation de l’expérience d’élue d’un point de vue professionnel. Ça n’a jamais été reconnu pour moi, même si dans les relations professionnelles, cette expérience m’a beaucoup appris ( animation de débats, gestion des rapports de force, négociations). Depuis 2008, je suis Directrice Qualité de la même entreprise, à 80% (j’ai gardé le mercredi off avant tout pour m’occuper de mon enfant).
Depuis 2021, je suis élue au Conseil régional, dans l’opposition. L’investissement est beaucoup plus faible. Je travaillais à 4/5ème et cela suffisait. Il faut dire que mon fils est grand maintenant. J’ai juste prévenu mon employeur au moment de l’élection (pas de modification de mon contrat de travail). Le droit du travail prévoit que je peux prendre un congé sans solde pour exercer mon mandat d’élue. Mais je n’en ai pas eu besoin jusqu’à présent (je jongle entre temps volé à midi ou en télétravail, mercredis off, congés payés et RTT).
Depuis mars 2026, je suis maintenant élue d’arrondissement. Je suis adjointe à la maire d’arrondissement, ce qui implique de prendre en charge des dossiers, la relation avec les services techniques et définir le budget et de répondre aux sollicitations des habitants et associations. C’est aussi une semaine sur 6 : une astreinte pour la permanence de sécurité (il faut être joignable et rester à Paris) et la célébration des mariages (une dizaine par semaine). Enfin on peut ajouter les réunions le matin, celles du midi ou du soir (conseil d’arrondissement, conseil de quartier, réunion publique…) et les événements du week-end.
Pour exercer ce mandat dans l’exécutif à Paris 10e et mon mandat dans l’opposition à la région, j’ai demandé à passer à mi-temps à mon travail.
Concrètement, je vais organiser ainsi mes journées de la semaine:
- lundi et mardi : mon travail salarié, à la Défense ou en télétravail ;
- mercredi : plutôt conseil régional et animation politique dans le 10e ;
- jeudi : mairie du 10e ;
- vendredi matin télétravail et vendredi après-midi : mairie du 10e.
Pour concilier vie d’élue et vie professionnelle, je compartimente énormément. Concrètement quand je suis avec les collègues, je ne parle jamais de politique ni de mon mandat. Mon compte Linkedin est 100% pro (mais je ne l’utilise pas). Les autres réseaux sociaux ne sont que politiques ou perso. Néanmoins je ne le cache pas et n’ai pas utilisé de pseudo ; cela ne m’a pas affecté dans ma carrière mais j’ai fait attention à ce qu’on oublie mon mandat. Sinon les obligations de retrait de certains dossiers (déport) doivent être strictement respectées et j’y veille.
Concrètement, ce n’est pas le cumul élue régionale et élue locale qui pose problème : ce cumul est même intéressant et ce n’est pas pour rien que pratiquement tous les élus du Conseil régional sont aussi élus dans leurs communes, car c’est aussi un lien avec les territoires de la région.
Ce qui est plus difficile à faire c’est concilier la vie d’élue avec des responsabilités militantes (souvent très chronophages, énergivores et bénévoles), et avec une vie professionnelle. Si je peux restreindre mon engagement militant au minimum, je souhaite garder mon emploi, car cela me permet de garder un pied dans la “vraie vie” de salariée, c’est bien pour mon équilibre personnel et aussi important en tant qu’élue locale !

(entre deux mariages, je rattrape le boulot en retard)