Ou comment passer de la panique et de la colère à l’action.
C’est la deuxième canicule depuis le début du mandat municipal. En moins de trois mois, on a vécu deux canicules historiques. Meurtrières, extrêmement difficiles à vivre pour les habitants sous les toits et dans des passoires thermiques, pour les personnes à la rue, pour les élèves et les étudiants, pour les travailleurs… et qui auront des conséquences terribles sur la santé, sur le vivant, sur l’alimentation, sur notre économie, sur les inégalités et même sur la vie de quartier puisque toutes les fêtes et événements ont été annulés, à l’exception notable de la Fête de la Musique.
On a ainsi touché du doigt le concept d’habitabilité. A plus de 40 degrés le jour et 30 degrés la nuit, avec des écoles contraintes de fermer, des conditions de travail impossibles, des pannes de transport, des chambres d’hôpital à 32 degrés… on s’est tous demandé ces deux dernières semaines : mais comment je vais pouvoir rester à Paris ? Comment allons nous pouvoir continuer de vivre, grandir, étudier, travailler, se soigner, vieillir dans un 10e arrondissement à plus de 40 degrés ?
C’est là qu’on voit que la baignade dans le canal ce n’était pas que du “fun”, c’est ce qui a permis de tenir et de trouver de la joie et de l’espoir dans cette période étouffante, notamment pour tous ceux qui n’ont pas de maison à la campagne ou de perspective de vacances près de la mer. Ce n’est pas pour rien que j’en ai fait une priorité de mon début de mandat et que c’est une immense fierté : c’est le symbole d’une écologie populaire et d’une ville qui sait s’adapter.
De réunion de crise, en décisions urgentes, de livraison de climatiseurs, il y a eu un certain moment de panique qui a démontré que, malgré le rapport de la mission Paris à 50 degrés, malgré le plan climat qui comprend un volet important d’adaptation, nous ne sommes pas tout à fait prêts pour ces graves canicules. Et pourtant cette crise a été gérée et on a pu parer au plus urgent. Saluons également l’engagement et la réactivité des agents de la Ville qui ont assuré la continuité du service public et la qualité de la réponse de la ville : jardiniers, police municipale, éboueurs et agents de la propreté, personnel dans les écoles et les crèches etc.
Mais il y a aussi la colère : une colère d’écologistes, Nous qui alertons et manifestons depuis des dizaines d’années, souvent dans le désert, cette colère aussi face à l’inaction coupable de l’Etat, face au mépris des scientifiques, face à la droite qui ne parle que de sécurité et d’immigration.
Mais passées la panique et la colère, le mieux pour combattre l’éco anxiété, c’est l’action. Et en tant qu’elu local, ce ne sera pas qu’une ligne de programme à ajouter. C’est une priorité, c’est le dossier à mettre en haut de la pile, pour le logement, l’espace public, l’urbanisme, les affaires scolaires, la santé, les séniors, la solidarité…
Que faire ? Nous le savons, les scientifiques nous le disent depuis des années : réduire les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter aux dérèglements du climat. Les causes et les conséquences. En même temps et de front.
Que faire à l’échelle locale ?
Notre feuille de route c’est le Plan climat 2024 – 2030 de la Ville de Paris, 396 actions détaillées (1). On a pu mettre en œuvre la fiche n°54 relative à la baignade dans le Canal St martin, déclenchées les jours de canicule. Attaquons nous aux 395 autres.
Dans le 10e, les priorités de la déclinaison du plan climat sont selon moi :
- la rénovation énergétique du bâti et la stratégie de sortie des énergies fossiles, en commençant pas une Rue Zéro Carbone, comme on a pu faire une Rue Zéro Déchets ; une rue où on concentre notre énergie pour convaincre, aider et accompagner les copropriétaires d’arrêter le gaz et d’isoler les immeubles, se raccorder au réseau de chauffage et de froid, poursuivre la rénovation énergétique des bâtiments publics, végétaliser les toits, mettre partout des volets ou des stores aux fenêtres et des brasseurs d’air aux plafond, peindre en blanc les toits, enlever le bitume noir de la rue, expérimenter le chauffage par un data center local… Ce serait une rue modèle, une rue innovante, qui impulse des politiques publiques pour le reste du 10e.
- poursuivre un programme ambitieux de rénovation énergétique des écoles et collèges du 10e
- la végétalisation des cours d’immeuble et des cours d’école, des toits, des balcons, des murs, des rues… Plus on plantera, mieux ce sera. La stratégie sera de prioriser les quartiers les plus minéraux, les rues où la canopée des arbres est insuffisante voire inexistante.
- Créer 3 nouveaux jardins : rue du Faubourg du Temple, Impasse Boutron et dans l’hôpital F. Widal
- Créer un parc photovoltaïque sur les toits des quais de la Gare de l’Est
- Pérenniser le dispositif de la baignade dans le canal St Martin
- Il faudra se poser la question d’un 3e repas végétarien hebdomadaire à la cantine, car c’est l’opération de réduction des émissions de gaz de serre la plus rapide et efficace
- Et puis toujours et encore réduire la circulation des véhicules motorisés, car le vélo et la marche sont les meilleurs alliés du climat !
Est-ce que ça suffira et est-ce qu’on y arrivera ? Peut-être pas, mais nous devons faire notre part et on a besoin de la mobilisation de tous les acteurs à commencer par l’Etat et la Région. La Région qui doit être à la hauteur concernant l’aménagement du territoire, les transports et les lycées notamment. L’Etat qui doit massivement investir dans le train plutôt que l’avion, qui doit aider les collectivités avec un Fond Vert à la hauteur de l’enjeu, qui doit mettre le paquet sur la rénovation énergétique et la sortie des énergies fossiles, qui doit nous faciliter la tâche en prenant au sérieux l’habitabilité de la planète, et le mettre en haut des priorités, notamment budgétaires, mais aussi réglementaires. Ainsi le droit de végétaliser et l’isolation doivent primer sur le droit de propriété et sur le patrimoine. La baignade urbaine doit primer sur la circulation des bateaux ; les responsabilités des Maires doivent être allégées pour permettre les baignades non surveillées, tout en mettant les moyens nécessaires sur la prévention des risques, à l’instar de l’Allemagne, le Danemark ou la Suisse. La qualité de l’air doit primer sur la liberté de circuler partout avec un véhicule polluant.
C’est une question qui devient presque existentielle pour nos vies d’urbains, les conditions mêmes d‘une existence digne pour citer Baptiste Morizot (2).
(1) https://cdn.paris.fr/paris/2024/12/18/catalogue_fiches_actions_vf-64nm.pdf